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01/07/2026

Les moments clés des débuts d'Auxilia

1926 -1976 : cinquante ans de construction et d’innovation

 

Née d’une crise sanitaire majeure, celle de la tuberculose, l’association Auxilia a dû affronter moultes difficultés dans la première moitié de son existence. Des défis renouvelés et chaque fois surmontés grâce à l’engagement altruiste de ses membres. Cinquante années d’action, d’innovation et de diversification pour sortir de l’isolement et proposer une véritable insertion sociale aux malades, personnes souffrant de handicap, sans-abris ou personnes détenues. Avec une vision fondatrice, globale, humaniste et attentive à la personne dans toutes ses dimensions, qui a traversé son siècle d’existence et persiste aujourd’hui.

 

1926 — La naissance d'une idée généreuse
Tout commence à Berck-sur-Mer, station balnéaire du Pas-de-Calais dont les vents marins et les plages de sable fin cachent une réalité moins idyllique : celle d'un immense sanatorium où des centaines de malades, atteints de tuberculose, sont condamnés à l'immobilité pendant des mois, parfois des années. Allongés sur leurs lits, plâtrés, immobilisés, ces hommes et ces femmes — souvent jeunes — voient leur vie s'arrêter, leur esprit s'étioler, leur avenir s'obscurcir. C'est dans ce contexte que germe l'idée qui allait changer ces vies.
Âgée de 29 ans et ancienne pensionnaire de ce même sanatorium, Marguerite Rivard connaît mieux que quiconque la souffrance née de l'inaction forcée, l'ennui pesant des journées sans fin, le sentiment d'être coupé du monde et de la vie, d'être abandonnée. Elle décide d'agir. Avec une énergie et une générosité qui forceront l'admiration de tous ceux qui la côtoieront, elle met en place un système de cours gratuits, dispensés par des bénévoles, aux malades alités. Deux complices la rejoignent rapidement : Marguerite Pelecier, 25 ans, apporte son enthousiasme et ses capacités d’organisation ; Madeleine Lebécel, 28 ans, elle aussi ancienne du sanatorium de Berck, œuvre à l’ombre.
Un professeur à la faculté de Lille, Antoine Martel les met en contact avec les Equipes sociales, un mouvement né huit ans plus tôt sur des valeurs similaires d'amitié, d'entraide et de confiance réciproque. Ce « semeur de vérité, d'affection et de joie » laissera une empreinte profonde sur l'association, malgré sa mort prématurée en 1931. De son côté, Maurice Henry, lui-même handicapé et percevant donc bien les besoins des malades, fonde les Anciens du sana.
Dès la fin de cette première année, le bilan est saisissant : 60 professeurs bénévoles assurent des cours à 300 élèves. Le nom de l'association est choisi : Auxilia, du latin « auxilium », « venir en aide ». Une promesse simple, un engagement immense, une devise qui traversera un siècle sans jamais se démentir.


1927-1928 — La volonté de grandir
À peine née, Auxilia veut dépasser les murs de Berck. Dès 1927, Marguerite Rivard confie donc son « entreprise » aux Équipes sociales, dont Auxilia devient une section. Ce rattachement intelligent permet de bénéficier d'un réseau existant, d'une légitimité institutionnelle, et de passer d'un bulletin mensuel dactylographié à une publication imprimée, signe tangible d'une ambition qui grandit.

En 1928, Auxilia lance son premier concours, doté de 100 francs de prix. Les abonnés au bulletin sont invités à « raconter le plus beau voyage, récit véritable ou imaginaire ». Les deux lauréats verront leur texte publié et recevront un ouvrage de Jules Verne. Dix autres seront récompensés — buvards, canifs, gravures. Ce concours révèle une philosophie profonde : pour Auxilia, la culture, la créativité et l'émulation intellectuelle ne sont pas des luxes, mais des outils de reconstruction de soi. Stimuler l'esprit, c'est soigner la personne tout entière.


1929 — Une structure, une vision, une vocation

Le 8 janvier 1929, l'association « Auxilia - les Anciens du sana » est officiellement créée. Marguerite Pelecier en prend la présidence — qu'elle exercera sans interruption pendant près de cinquante ans, jusqu'à sa mort en 1976. La création officielle de l'association traduit une ambition qui dépasse désormais largement le cadre du sanatorium. Il ne s'agit plus seulement d'occuper utilement les malades pendant leur convalescence, mais de les accompagner dans leur retour à la vie normale semé d'embûches. « Beaucoup se heurtent à des difficultés matérielles, se sentent dépaysés, isolés », explique l'association dans son bulletin. La mission est claire : « Après vous avoir aidés à lutter contre l'ennui et l'inaction des mois d'immobilité, vous aider à franchir le passage parfois pénible qui sépare votre lit de votre place dans la vie normale. »

Cette vision de la réinsertion — globale, humaniste, attentive à la personne dans toutes ses dimensions — est fondatrice. Elle traversera le siècle d'histoire d'Auxilia sans jamais se démentir. Placement chez des employeurs, aide financière, subventions d'apprentissage, bourses d'études, prêts d'honneur, aide médicale : les outils sont déjà multiples et complémentaires. En fin d'année, Auxilia compte 730 professeurs et 1 240 élèves, répartis dans toute la France, avec même une antenne en Algérie, à Douéra, à 20 kilomètres d'Alger.

 

1930-1936 — Des innovations qui feront école et une ouverture internationale
Les années 1930 voient Auxilia consolider et diversifier son action à une grande vitesse, malgré la crise économique mondiale. En 1930, une section pour les malades tuberculeux pulmonaires est créée — jusqu'alors seuls les « osseux » (atteints de la tuberculose osseuse) bénéficiaient des cours. En décembre, ouvre la Maison de convalescence de Crèvecœur-le-Grand, dans l'Oise, dont Marguerite Rivard sera « l'âme rayonnante ». Elle héberge des convalescentes entre leur sortie du sanatorium et leur reprise d'activité : une innovation sociale majeure pour l'époque.
À Lille, Maurice Henry crée un atelier pour les anciens du sanatorium — ancêtre direct des futurs Centres de réadaptation professionnelle (CRP). À Paris, Marguerite Pelecier et Marguerite Rivard ouvrent un centre de formation professionnelle destiné non seulement aux anciens tuberculeux mais aussi aux handicapés physiques. La philosophie est révolutionnaire pour l'époque : toute personne fragilisée par la maladie ou le handicap mérite un accompagnement vers l'emploi et l'autonomie. Création d’une « bibliothèque circulante », premiers examens professionnels officiels complètent ces innovations. 

En 1933, Auxilia se dote de son insigne, symbole de sa philosophie : « Deux mains accouplées au gouvernail conduisent la barque au port. Des efforts conjugués de tous naît le progrès humain. Malades et bien-portants doivent se connaître au lieu de s'ignorer, se connaître pour s'aimer et s'entraider. »
En 1934, Auxilia dénombre quelque 2 400 élèves et 26 groupes organisés sur l'ensemble du territoire. En 1935, une section belge est créée, et les prémices d'une section suisse sont posées. Viendront ensuite l'Italie en 1950 et l'Espagne en 1952.
À l'aube de son dixième anniversaire, en 1936, Auxilia compte 4 915 élèves et 3 238 professeurs bénévoles. En dix ans, la petite initiative de Berck est devenue un mouvement national à vocation internationale.

 

1939-1940 — La guerre, le deuil, la résistance
À la veille de la guerre, l’activité d’Auxilia bat son plein avec 3 691 professeurs, 6 229 élèves, lorsque, le 3 septembre 1939, tout bascule : la France déclare la guerre à l'Allemagne. Les sanatoriums sont réquisitionnés, les professeurs mobilisés ou dispersés, les contacts rompus. Marguerite Rivard elle-même participe à l'accompagnement des réfugiés lors des évacuations, découvrant avec une grande émotion ce qu'elle appelle « la souffrance ambulante » dans les gares et les wagons bondés.
Le 26 février 1940, la nouvelle tombe, brutale : Marguerite Rivard s'est éteinte à Saint- Michel-sur-Orge, terrassée par une grippe qui a réveillé sa tuberculose. Elle avait 43 ans. Elle qui avait tout donné pour permettre aux autres de vivre pleinement ne verra pas l'issue du conflit qu'elle avait si lucidement anticipé. « Gardons notre esprit lucide et notre cœur fort », avait-elle écrit quelques mois plus tôt dans le bulletin. Ces mots, écrits comme un testament, résonneront longtemps dans l'association qu'elle a fondée.
Malgré la guerre, et la coupure de la France entre zone libre et zone occupée, des groupes de bénévoles s'organisent et maintiennent des contacts. Pas une seule année, les concours ne sont supprimés. « Auxilia a tenu ! » proclame fièrement l’association à la Libération. Les valeurs qui fondent l'association résistent même aux pires épreuves de l'Histoire !

 

1945-1946 — La renaissance et l'institutionnalisation
À l'été 1945, une soixantaine de groupes, sur quelque 115 sanatoriums, ont repris leur activité. Le bulletin reparaît en mai 1945. Son titre reprend les mots du Général de Gaulle : « Vive la France ». L'éditorial est un manifeste : « Nous nous retrouvons dans un pays meurtri, ruiné mais rajeuni et rayonnant. La route qui s'ouvre à lui est difficile, dangereuse. » Et d’affirmer : « Les malades ne sont pas des êtres inférieurs. »
Le 27 décembre 1946, les deux branches de l'association fusionnent sous le nom unique Auxilia. Cette fusion simplifie les structures, unifie l'identité et consolide les moyens. À Lille, toujours sous l'impulsion de Maurice Henry, l'atelier artisanal des années 1930 se transforme en premier centre de réadaptation professionnelle (CRP), adossé à l'hôpital Albert-Calmette. C'est l'acte fondateur d'une filière qui, aujourd'hui encore, constitue l'un des piliers de l'action d'Auxilia : former pour insérer, donner les outils d'une autonomie durable.

 

1949-1953 — L'essor des centres de formation professionnelle
En 1949, Auxilia ouvre son premier CRP francilien à Levallois. Les formations proposées sont orientées vers l'emploi : maroquinerie, cordonnerie, imprimerie, horlogerie, radioélectricité, sténo-dactylo, comptabilité. L'ambition : que chaque stagiaire acquiert des compétences professionnelles donc les clés d'une vie autonome.
En 1952, le CRP est expulsé de ses locaux. Qu'à cela ne tienne : les membres de l'association se mobilisent et lui accordent cinq millions de francs de prêts pour acquérir de nouveaux locaux, toujours à Levallois. Cette générosité exceptionnelle dit quelque chose d'essentiel sur la nature d'Auxilia, une communauté humaine soudée par des valeurs partagées, capable de se serrer les coudes dans les moments difficiles. 

Le 30 juillet 1953, l'État reconnaît officiellement Auxilia comme association d'utilité publique. Cette consécration arrive 27 ans après les débuts, au moment même où l'association élargit encore son public : avec le recul de la tuberculose, le CRP ouvre ses portes aux adultes handicapés physiques.

 

1955 — Ouverture du foyer Marguerite-Rivard : héberger pour mieux insérer
En janvier 1955, le Conseil d'administration d'Auxilia donne son accord à un projet porté par Marguerite Pelecier : la création d'un foyer d'accueil pour les femmes sortant de sanatorium sans domicile ni ressources. L'idée est révolutionnaire :  la formation professionnelle indispensable à la réinsertion doit être accompagnée d’un toit et d’un cadre stable et sécurisant pour rendre la reconstruction possible.
La famille de Marguerite Rivard fait un don de 500.000 francs. Il est décidé que le foyer portera le nom de la fondatrice disparue en 1940. Une maison de maître est trouvée au 18, avenue Gallois à Bourg-la-Reine, dans les Hauts-de-Seine.
Le foyer Marguerite-Rivard ouvre ses portes le 1er septembre 1957, accueillant ses 16 premières pensionnaires. Il deviendra un Centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), aujourd'hui encore en activité, fort de 20 places dans la maison de Bourg-la-Reine et d'une dizaine dans les communes environnantes.

Cette même année 1955 marque aussi les premiers contacts d'Auxilia avec l'univers pénitentiaire : l'association intervient au sanatorium pénitentiaire de Liancourt, dans l'Oise. Un premier pas vers ce qui deviendra l'un des axes majeurs de son action.

 

1959-1964 — L'ouverture aux personnes détenues : un tournant humaniste
Le 7 juin, le Conseil d’administration est invité par la présidente, Marguerite Pelecier, à débattre de l’extension des cours par correspondance pour les personnes en détention. Elle a été sollicitée par Jean Scelles, ex-membre du Conseil de l’Union française rentré d’Alger, ancien résistant et militant pour les droits humains. Il se préoccupe notamment du sort des Nord-Africains, nombreux « prisonniers politiques » dans les établissements français. D’où sa demande. Des voix s’élèvent pour réserver les cours aux malades pour lesquels ils ont été créés.
Mlle Pelecier estime qu’il est contraire à l’esprit d’Auxilia de rester sourd à cet appel. Elle fait aussi remarquer que les malades sont beaucoup plus aidés qu’autrefois par l’enseignement d’instituteurs sur place et que les cours d’Auxilia risquent même de voir leurs effectifs de plus en plus réduits s’ils refusent d’évoluer. Le Conseil d’administration reporte sa décision à sa réunion de rentrée.
Le 4 octobre, le CA reprend l’examen de la question. Après un bref débat, il décide de tenter un essai en faisant appel à des bénévoles volontaires. Le 25 octobre, il enregistre avec satisfaction l’accueil  favorable que les professeurs ont réservé à l’initiative d’étendre les cours aux personnes en détention. Les premiers résultats sont rapidement encourageants. Dès 1961, quelque 110 détenus sont inscrits. En 1962, ils sont 450 sur 1900 élèves. En 1963, Auxilia compte pour la première fois près de deux fois plus d'élèves que de professeurs — signe de l'attrait croissant de l'offre de formation. La même année, un service de visites régulières aux détenus est créé à la prison de la Santé, à Paris, visant à orienter et conseiller les élèves dans leur parcours. Ces visites s'étendent rapidement à Fresnes, puis à Bordeaux, Caen, Strasbourg, Marseille, Lyon.

En 1964, les inscriptions de personnes détenues représentent un quart de l'effectif total. La charte des professeurs est actualisée pour intégrer cette nouvelle réalité. Une catégorie unique est créée et désormais, il n'y a plus qu'un type d'apprenant — l'élève — quelle que soit sa situation. Ce geste symbolique est fort : chez Auxilia, on ne juge pas, on accompagne. Cette philosophie d'accueil inconditionnel, forgée dans les années 1960, reste aujourd'hui encore l'une des valeurs cardinales de l'association.
A Lille, c’est le centre d’hébergement Jean-Minet qui ouvre, annexé au CRP Albert-Calmette.

 

1976 — Le cinquantenaire et un double deuil
L'année 1976 devait être une année de fête. Auxilia célèbre ses 50 ans, et les préparatifs sont à la hauteur de l'occasion : séance plénière présidée par René Lenoir, secrétaire d'État chargé de l'Action sociale, messe célébrée par le Cardinal Marty, rassemblement de bénévoles venus de toute la France et de l'étranger. Cinquante ans d'engagement, de solidarité, d'innovation sociale : il y a de quoi célébrer.

Mais le 25 mai, quelques jours avant les festivités, Marguerite Pelecier s'éteint subitement. Elle avait 25 ans quand elle a rejoint Marguerite Rivard à Berck. Elle venait d'en consacrer près de cinquante à Auxilia, dont elle était la présidente depuis les origines, sans jamais faillir, sans jamais fléchir. Selon sa volonté expresse, rien ne fut changé au programme des semaines suivantes. Elle avait fait d'Auxilia son légataire universel — manière de dire que l'association était, pour elle, bien plus qu'une cause : c'était sa vie, son œuvre, son héritage.
La même année voit également disparaître Madeleine Lebécel, troisième pionnière de la première heure, décédée à 78 ans après 50 ans de dévouement. Deux femmes, deux vies consacrées, deux deuils pour refermer un demi-siècle d'une histoire extraordinaire.

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